Daniel Guénette, Vierge folle, roman
Éditions de la Grenouillère, 2021, 248 pages, 28,95 $

« L’art est un cercueil où sont enfouies nos joies et nos souffrances. »
Deux parties composent ce roman. La première est écrite à la première personne. Elle mériterait d’être intitulée : la possession ou l’envoûtement. L’auteur a choisi La déposition. C’est que son narrateur raconte ce qu’il a vécu, une montée au sommet du sentiment amoureux. C’est fin, subtil, on y croit, tellement c’est conduit de main de maître. On ne peut lâcher ce volume. L’évidence a ses mystères ; le mystère devient évident, comme Dieu est évident pour certains. « Elle se tenait devant moi, au milieu de la clairière, avec ses mésanges, ses mains remplies de graines, sa chevelure, son sourire si franc, son innocence. » Le narrateur, qui approche la cinquantaine, Marcel, est un universitaire qui enseigne le latin. Il se déclare aussi « une espèce de puceau sentimental ». Les amantes, non religieuses, pourtant, ne lui ont pas manqué. Mais celle-ci, « si belle, si fraîche, si féminine et souhaiter se faire religieuse ! » C’est que son hymen « est pétrifié ». Cette foi et son handicap ne l’empêchent pas de se mettre nue, d’offrir sa splendeur au regard de l’ami. Il ne s’agit pas de prendre mais de comprendre. C’est une prière qu’elle lui offre. Dieu pour elle offre une réponse ; rival, pour le narrateur il n’est qu’une question. « Sa nudité la recouvrait d’un voile de lumière toute pure […] Elle pivotait , tournesol de chair et de chevelure. » Qu’on me permette de rien dire des péripéties de ce récit tout ensemble extraordinaire au sens premier du terme et si définitif dans son ascension des cœurs. L’ascension s’achève par une étreinte consentie, suivie d’une énigme. Marie disparaît, en effet, sans l’avoir voulu. Est-elle morte, par qui assassinée, par quoi, pour ?…
La seconde partie, La Dépossession, couvre les cent dernières pages. Écrites à la troisième personne, celles-ci narrent la recherche de la disparue dont l’identité n’est pas établie. « Marcel n’était mentalement pas là. Il n’était nulle part. » Des vies se précipitent, entre les mains des limiers de la police. Des rêves de Marcel éclairent aussi le désastre. Cependant l’énigme persiste. C’est au lecteur de se convaincre d’une vérité possible, ondoyante, plurielle. C’est l’œuvre d’un virtuose. C’est un grand plaisir de lecture.
Pierre Perrin, Possibles, n° 35 – Mars 2025
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