Jean Rousselot : Passible de… (Autres Temps)

Jean Rousselot, Passible de…
éditions Autres Temps, 1999

Jean Rousselot a tant écrit. Il a sans doute trop publié. Il doit bien exister peut-être mille articles sur son œuvre. Voilà trente ans, paraissait le meilleur. Dans l’admirable préface à Hors d’eau, Georges Mounin a tout dit du talent du poète et de l’homme. On ne peut que répéter des évidences du même ordre. Pour ce qui est du reproche de trop publier, Rousselot s’en moque. Il insère par exemple dans un poème de Passible de… : « sujet déjà traité qu’on m’en excuse ». C’est un détail.

Il en est d’autres qu’il ne souligne pas, mais auxquels il ne résiste pas. Il semble bien en effet que le cinquième poème de la première partie ne soit qu’un autre état de celui qui, dans la deuxième partie du recueil, s’intitule “Clé perdue”. Les trois premiers vers de la seconde strophe sont au reste identiques. Ces deux versions, à vingt-cinq pages de distance, s’avèrent-elles indispensables ?

Ou bien Rousselot, qui a déjà façonné deux choix successifs de ses poèmes, Les Moyens d’existence jusqu’à 1974, chez Seghers, et de 1975 à 1996 Poèmes choisis, chez Rougerie, considère-t-il qu’il faut tout donner ? Le temps se chargerait d’écrémer…

Le regard qu’il porte sur ce qu’il écrit plus que jamais est à l’image de son automne. C’est toujours intelligent, agile, mais c’est d’un noir de seiche. Il perce à jour « la vanité du vide et du silence ». Il parle « d’avoir vécu en vain ». Il peine à concevoir que « Mourir est donc tout à fait / Nécessaire ». Il consigne « l’échec final de l’écriture ». Il y a quelque chose de pathétique à le voir dédier non pas un mais quatre poèmes à François Huglo qui lui a consacré, à partir de quelques articles, une petite étude au Dé bleu.

C’est donc un recueil noir et rouge, en ce qu’il brasse le sang, la révolte et le désespoir qu’apporte à 86 ans Jean Rousselot. L’émotion le saisit encore. Le plus souvent il construit son poème à partir d’une idée. Il la gratte jusqu’à l’os. Il est rare qu’elle ne s’éclaire pas. En même temps il l’ancre comme il l’a toujours fait dans le concret, voire dans le trivial. Une formule fuse : Les questions sans réponse / Sont le propre de l’homme. Rousselot reste celui qui ne cesse pas de les poser.

Il dit mieux que moi :

La persévérance douloureuse
Dans la plus lucide erreur de langage

Pierre Perrin, Poésie 1/Vagabondages n° 20 – décembre 1999


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