Marina Yaguello [sous la direction de]
Le
Grand Livre de la langue française
éditions du Seuil, 2003 [fin]
Côté technique, un précis de grammaire en moins de cent pages est un tour de force. On pourrait craindre une approche superficielle. Il n’en est rien. Le choix de la parité pour le genre contre le soldat ou le ministre une telle est enceinte par exemple emporte l’adhésion. Ensuite, toute l’explication de la production des sons est de même claire. Le tissage des connaissances et des exemples s’avère une réussite sous la plume de Blanche-Benveniste. Une distinction parmi d’autres partage les cuirs, que prête Flaubert à Mme Aubin au début d’Un cur simple, les velours et les pataquès. Enfin, tout particulièrement à l’adresse des enseignants, il est entonné un vibrant éloge de l’oral. Celui-ci n’est pas dressé contre l’écrit. Il est toutefois rappelé qu’une partie des Français n’écrivent qu’une carte postale par an. L’oral, nécessaire au citoyen, mérite une attention neuve. Les exigences attendues à l’écrit en effet divergent à l’oral. Qui parle, pour se reprendre, n’efface pas sa rature. Qui écrit ne voit pas si son lecteur le comprend. Ce sont là des remarques de bon sens, trop souvent oubliées. L’orthographe aussi est abordée sans complexe. Il y a les règles qu’il faudrait observer. Celles-ci nécessitent un apprentissage. Et il y a les aménagements que tout le monde ne suit pas. C’est peut-être que la simplification par décret exige un réapprentissage de la part des adultes, à commencer par les maîtres L’étude du lexique enfin relève du régal. Jean-Paul Colin oriente sa synthèse en faveur de la création. Il dénonce un « malthusianisme lexical » en France. Les néologismes, comme l’argot dont il est un spécialiste, sont au contraire consubstantiels à la langue.
Les deux dernières contributions ne sont pas moins riches. L’étude des dictionnaires réserve des surprises. Ils sont en effet des milliers, alors que les premiers pour le français ne remontent qu’au seizième siècle. On les trouve dans 82% des foyers, au point qu’ils ont au sens propre remplacé la Bible. Enfin, la langue ne vit qu’à la condition d’être transmise et l’école a la charge d’améliorer le berceau. « Lire est l’acte fondateur de toute notre culture occidentale. » Là encore, le plaidoyer d’émile Genouvrier vise à une modernité de bon aloi. La question préalable à toute réforme ne devrait-elle pas interroger l’essentiel ? « Pourquoi enseigner une langue après tout maternelle ? Quel français enseigner ? » Le comment répond en effet à un pourquoi, qu’on a peut-être perdu de vue. Le tour de la question achevé de la sorte, l’avenir est sous nos yeux. L’état de la langue a fait ce livre. La langue sera ce que nous en faisons tous, sachant qu’il ne restera de nous que cette langue en partage.
Pierre Perrin, la Nouvelle Revue Française, n° 568 [janvier 2004]
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