Jaccottet, Pérol, Hugo, Cluny, dans Le magazine Lire

Jaccottet, Pérol, Hugo, Cluny, dans Lire

Paysages avec figures absentes de Philippe Jaccottet

À partir d’une variation de la lumière, d’une modulation d’un oiseau, d’une visitation d’un arôme, Jaccottet crée un ordre qui lui permet de vivre. A l’écart du « siècle que l’on ne peut plus regarder en face », sa devise: « Écoute, regarde, respire.» Ces proses mêlent des descriptions heureuses à de prudentes réflexions. De là sourd cette voix aux chuchotements de mousse. Jaccottet ouvre l’âme à une éternité dont il recueille l’étoile, morte depuis longtemps. — Paysages avec figures absentes de Philippe Jaccottet – Avril 1998

Un été mémorable de Jean Pérol

Ce roman alerte, linéaire mais croisé de scènes puissantes, narre les années de guerre 43-44 vécues par un gamin de treize ans dans la vallée de l’Ain. Jeannot découvre le courage que sa mère oppose à une certaine misère – car c’est un beau portrait de mère qu’offre aussi ce livre. Il découvre les atrocités de tous bords, sans verser jamais dans la caricature, au long de pages qui composent parfois une anthologie frémissante. Lui sont enfin révélés la beauté et le mystère de la femme. Malgré l’humour qu'on aimerait parfois plus sec, ce fort roman, par sa langue sensuelle et précise à la fois, donne à l’été une grandeur qu'on avait oubliée. — Un été mémorable de Jean Pérol [Gallimard]– juin 1998

Les Contemplations de Victor Hugo [Pocket]

La collection des Classiques baisse de 20% ses prix, c’est une aubaine, et publie entre autres chefs-d’œuvre celui de Victor Hugo. Le dossier d’accompagnement est parfait. Il faut relire la critique de Barbey; l’assassin est à la hauteur de sa victime, à qui il prédit l’oubli le plus prompt. Quant aux poèmes, ils restent vifs. Hugo a tenu tous les registres et s’est essayé à tous les thèmes. Amoureux peut-être douceâtre, quel tigre social ! (« la faim passe sa griffe sous la porte »), et la mort lui répond. Les fourmis courent, le chêne est toujours debout. — Les Contemplations de Victor Hugo [Pocket] – Juillet-août 1998

Observations et autres notes anciennes de Philippe Jaccottet

Les feux du couchant, dit-on, dorent la poussière des jeunes années ; Jaccottet en tout cas ouvre ses tiroirs. Il se donne à lire presque à l’état naissant. Ces pages écartées, indignes de La semaison, combleront-elles les inconditionnels de l’auteur ? La réflexion tourne à l’entour de « la parole juste », pour l’essentiel, qui est affaire de conquête intérieure. D’emblée, le poète cerne ses limites: « Très loin, à peine perceptible, un miroitement sur des marais : je ne possède guère plus, et n’ai pas grand-chose d’autre à dire.» Il l’a dit ailleurs en plusieurs volumes qui assurent sa gloire. Ici déroutent certaines notations : « la jeunesse triste et fervente ». Peut-être est-ce le but que poursuit ce livre : de même que l’éreintement de Perse invite à relire les élogieuses réserves de L’entretien des muses, ces pages laisseraient voir parfois l'envers de la trame. — Observations et autres notes anciennes de Philippe Jaccottet [Gallimard] – Octobre 1998

Poèmes d’Italie de Claude Michel Cluny

Tout poète prétend au songe; Cluny l’habite sans peine. Familier de l’invisible, orfèvre de l’insaisissable, il offre, avec ce volume, une de ses nouvelles divagations, parmi les plus rigoureuses, sur la perte de l’existence. L’œuvre poétique avançait déjà : « Le passé est ce qui nous attend. » Ici chacun prend conscience que l'éternité aussi est périssable. Les vers pour le dire, tantôt réguliers, parfois raboteux, tantôt libres, condensent le pur éclat d’une traversée des apparences. «Vivre ne fut que le vol d’une flèche...» — Poèmes d’Italie de Claude Michel Cluny [La Différence] – Décembre 1998/janvier 1999


Page précédente — Imprimer cette page — Page suivante