BEUZON Élodie
CHASSOT Bruno
CHAZERAND Benoît
CHEVAUX Sylvain
CLÉMENT Yann
EID Jules
FROGET Hélène
GAUTHIER Claire
GAUTHIER Julie
GIBOUDEAU Emmanuel
GUYON GELLIN Mickaël
MARTINS Céline
PRACHITTAM Édouard
ROLET Julien
SALLÉ Géraldine
TONNIN Adeline

D

ans le cadre de l’accueil de Fabienne Pasquet dans la classe de 1S2, le jeudi 21 novembre 2002, Pierre Perrin a fait lire et étudier le second roman de cet auteur. Au terme de la troisième et dernière semaine de cette étude, il a fait observer trois articles littéraires, de façon synoptique. Il s’agissait de celui d’Isabelle Rüf paru le 1er décembre dans Le Temps des livres, de celui de Ghislain Cotton, donné au Vif/l’Express de Bruxelles le 26/10/01 et enfin d’une recension par Jean-Michel Olivier de L’Ombre de Baudelaire paru en 1996. De cette lecture, on ne dira rien ici, sauf que les élèves ont retiré la nécessité de se fixer un cadre pour exprimer leur point de vue critique. D’abord narrer le récit, tel qu’ils l’ont compris. Ce premier point est déjà révélateur. Ensuite, rendre compte de l’utilisation que fait l’auteur de ses deux principaux protagonistes. Enfin, formuler un jugement expressément littéraire, en s’appuyant sur des faits de langue, maladresses ou bonheurs, qui conforteraient leur appréciation personnelle. Ce sont ces articles d’élèves de première que chacun peut ici découvrir. En cliquant sur chaque nom, l’internaute curieux trouvera la production idoine. Ce travail original ne prétend rien, et il ne voudrait surtout pas en remontrer à certains qui, disposant de pignon sur rubrique, en imposent aux aveugles, vaticinent, tranchent — dans un vide de plus en plus évident. L’imposture a ses degrés. On verra qu’elle n’a pas sa place ici. À qui objectera : que vaut le jugement de jeunes gens dont la culture a ses limites, nous répondrons ensemble que la fraîcheur doublée d’une honnêteté sans bornes, par le seul fait qu’elle est rare, appelle la beauté. Dont acte.

Pierre Perrin


Le deuxième livre de Fabienne PASQUET, dramaturge haïtienne née en 1954, est inspiré de l’esclavage de St Domingue (aujourd’hui Haïti), mais plus particulièrement du meneur de la révolte des noirs : Toussaint-Louverture.

Kleist, poète allemand, est emprisonné au fort de Joux dans le Jura. En faisant l’éloge de Toussaint-Louverture, il le fait apparaître. Les deux hommes ne s’entendant pas bien, une atmosphère tendue règne dans leur cellule. Ils ne possèdent pas les même points de vues sur les thèmes de la mort et de Bonaparte. Mais Kleist doit aider Toussaint-Louverture à mourir comme il aurait dû quatre ans plus tôt, c’est à dire qu’il doit mourir non pas comme un héros, mais comme un simple homme. Kleist l’aide à se libérer de ses idées qui l’ont hantées durant ces quatre années. Il l’accompagne dans la mort jusqu’au bout. Toussaint-Louverture, meurt délivré.

Dans ce livre, les deux hommes ont des points de vues complètement différents. Ils sont totalement opposés, autant par leur civilisation que par leurs pensées. Toussaint-Louverture parle de la mort dans le sens de l’esclavage et de la torture, tandis que Kleist parle du suicide par la mort voulue. Ils mettent en parallèle leurs deux civilisations.

Dans ce livre, il y a une idée de mort et de souffrance dominante. Il faut lire un certain nombre de pages pour bien comprendre le sujet du livre. Quand on le lit, on est curieux de savoir ce qu’il va arriver aux personnages. Il y a des citations touchantes telles que : « L’esclavage, c’est la souffrance à sens unique », « Souffrir est inutile quand la douleur peut être soulagée ». Personnellement, j’ai trouvé ce livre très intéressant et enrichissant.

Élodie BEUZON 19/11/02 [Haut de page]


Alors que Kleist se lamente sur son sort, dans une cellule du fort de Joux, dans le jura, l’impensable se produit : Toussaint Louverture ou plutôt son fantôme apparaît. Mais, après quelque temps passé auprès de ce dernier, Kleist est déçu. Toussaint n’est pas le héros qu’il vénérait. Le dialogue devient difficile pour les deux personnages qui parlent de différents sujets, le courage, le suicide. On apprend que Toussaint a besoin de Kleist pour mourir une deuxième fois car il est mort en tant que héros et pas en tant qu’homme.

Pour ce livre, Fabienne Pasquet a regroupé deux personnages très différents : Kleist, poète physiquement fragile est obsédé par des projets de suicides. « La mort dédommage de la pauvreté de l’existence et prête à sa fin une force mystique, nous vivrons comme des dieux le jour de notre mort ! » C’est grâce à lui que Toussaint Louverture a pu revenir à la vie : en effet, alors qu’il se lamentait, Kleist a appelé Toussaint Louverture : « Je te salue, Nègre immense dont le bruit du triomphe, un jour, comme un grondement de tonnerre, roulera à travers le monde faisant trembler les tyrannies. »

Toussaint Louverture est l’opposé de Kleist : Autant Kleist est incapable de se débrouiller seul, autant Toussaint est débrouillard : ce dernier allume le feu pour Kleist, lui guérit le genou… Mais Toussaint sert aussi de porte-parole dans le sens ou il dénonce l’esclavage des noirs et ses cruautés : « La voix du vieux égrenait les recettes des colons pour « accommoder » les Nègres. Couverts de mélasse et ligotés sur une fourmilière qui n’en restituerait que le squelette blanchi » ainsi que pour montrer les inégalité entre les noirs et les blancs : « Tu n’es plus qu’un Nègre, un vieux Nègre en fin de course, c’est-à-dire une créature qui s’apparente plus à une chose qu’à un être humain. Retour à la case départ : les Nègres font parties du mobilier.

Le livre de Fabienne Pasquet met donc en scène deux personnages très différents. D’un côté Kleist, poète prussien ébloui par le suicide et de l’autre, Toussaint Louverture, révolutionnaire haïtien qui revient pour réussir sa deuxième mort. Tout le long du texte prédomine la symbolique du chiffre deux : Il y a deux personnages dans la cellule de Toussaint Louverture, il s’agit de la deuxième mort de Toussaint Louverture. Fabienne Pasquet a aussi utilisé plusieurs oppositions dans son livre. Opposition entre la vie est la mort : Kleist représente la vie malgré son envie de suicide car, contrairement à Toussaint, il survie à la fin alors que ce dernier meurt. Opposition entre les blancs et les noirs : Kleist est blanc, Toussaint noir. « Blanc et noir, les deux polarités cosmiques. La lumière et les ténèbres. La vie et la mort. » Ces oppositions, couplées avec les symboles, nous donnent un récit troublant avec une touche d’animisme vaudou qui reste bien banal : « L’araignée est la maîtresse du destin. »

Bruno Chassot [Haut de page]


Après son premier ouvrage l’Ombre de Baudelaire paru aux éditions Actes Sud en 1996, Fabienne Pasquet, auteur haïtienne née en 1954, revient à la charge avec La Deuxième Mort de Toussaint-Louverture en 2001. Avant de se distinguer dans la littérature d’une manière somptueuse, Pasquet était dramaturge à Rome et à Florence ou elle vécut pendant seize ans.

Son deuxième ouvrage nous narre l’histoire de Kleist, poète prussien, enfermé au fort de Joux dans le Jura après avoir été inculpé d’espionnage et qui par un éloge mystérieux invoque Toussaint-Louverture ou plutôt son fantôme revenu pour réussir sa mort. À l’époque Toussaint était un héros révolutionnaire de Saint Domingue qui militait pour l’abolition de l’esclavage et l’indépendance de son île, il avait réussit à organiser la rébellion des Noirs face à Napoléon mais ce dernier l’enferma en 1802 au fort de Joux où il mourut en 1803. Les deux hommes se retrouvent donc enfermés dans la même cellule et sont amenés à réfléchir sur différents sujets tels que la mort, la violence, la souffrance… Un dialogue va naître entre le romantique poète Allemand et son colocataire haïtien que tout séparait à priori.

Dans ce roman, les personnages sont là pour véhiculer des idées et peut-être même pour transmettre celles de Fabienne Pasquet d’une manière très habile. En effet, les personnages ne sont pas au service de la fiction qui reste parfois même un peu floue.

Fabienne Pasquet écrit son deuxième roman avec un style très agréable à lire, pour ce qui est de mêler fiction et réalité, le pari est réussi, on s’imprègne facilement de l’ambiance de ce livre. Les idées de cette époque de colonisation et d’esclavage sont présentes à travers les paroles des deux personnages : « L’homme blanc ou civilisé, puisque sa couleur de peau semblait suffire à définir son être civilisé, leur avait fait comprendre que la technologie raffinée dont il disposait servait avant tout à mieux briser ceux qui étaient soumis à son pouvoir. »

CHAZERAND Benoit 1°S2[Haut de page]


Fabienne Pasquet, d’origine haïtienne, met en scène dans La Deuxième Mort de Toussaint-Louverture, son deuxième roman, le poète allemand Heinrich Von Kleist inculpé d’espionnage et incarcéré dans une cellule du fort de Joux dans le Jura où est mort de froid, quatre ans auparavant, le célèbre révolutionnaire haïtien Toussaint-Louverture, héros de la lutte pour l’indépendance d’Haïti.

Dans son deuxième roman, après l’Ombre de Baudelaire en 1996 qui fut une réussite, Fabienne Pasquet fait renaître dans ce roman le nègre dans la cellule du poète pour faire une belle mort cette fois-ci et le fait dialoguer avec le poète. Elle réussit à mêler les destinées des deux personnages, celle du poète, sûr de lui, qui raisonne Toussaint-Louverture et qui appuie l’idée qu’il n’aurait pas dû se laisser emprisonner et celle du révolutionnaire, qui retrace la lutte des Noirs contre l’esclavage sur l’île de Saint Domingue ainsi que les supplices, que les Blancs leur ont fait subir, à travers des épisodes comme celui où les Blancs se servent de la peau des Noirs pour faire des reliures, parfaitement décrits par Toussaint.

Le deuxième roman de Fabienne Pasquet est très enrichissant par les thèmes qu’il aborde comme l’esclavage et à travers des questions philosophiques comme « souffrir est inutile, quand la douleur peut être soulagée ». On peut aussi remarquer l’interférence époques-personnages qui est magnifiquement décrite par Fabienne Pasquet.

CHEVAUX Sylvain 1°S2 [Haut de page]


La deuxième mort de Toussaint Louverture nous amène dans le Jura, au fort de Joux où un poète allemand, Heinrich von Kleist, a été accusé d'espionnage et fut incarcéré de mars à avril 1807 dans la cellule où Toussaint-Louverture est mort quatre ans auparavant. Le poète allemand se voit confronté au fantôme de Toussaint-Louverture qui revient dans sa cellule régler ses difficultés avec sa première mort car il n'est pas satisfait de cette mort...

Tout au long du récit les deux principaux personnages abordent plusieurs sujets de discussion et leurs avis divergent souvent. Ils parlent de Napoléon Bonaparte, évoquent aussi le suicide, le courage mais leur principal thème de discussion reste l'esclavage. Dans ce livre, Kleist est le personnage dont Fabienne Pasquet avait besoin pour faire parler Toussaint-Louverture. Mais le poète allemand a un rôle très précis dans ce roman, il doit aider Tousaint à trouver sa "deuxième mort". Le révolutionnaire haïtien est là pour nous témoigner par l'intermédiaire de Kleist son histoire, ses souvenirs, ses idées... enfin sa vie. Toussaint-Louverture est là pour trouver la paix intérieure, sa deuxième mort. En fait les deux personnages sont complémentaires car Toussaint va aussi, par ses discussions avec Kleist, lui ouvrir les yeux sur beaucoup de choses. Et Kleist va aussi être utile à Toussaint car c'est à travers leurs discussions que tous deux vont arriver à résoudre les problèmes qu'ils ont.

Le roman de Fabienne Pasquet est intéressant car il parle de qui sont toujours d'actualité. Le choix de faire passer un roman uniquement à travers des conversations entres deux hommes dont l'un est un fantôme et qui sont tous deux enfermés dans une cellule d'un chateau n'est pas un choix facile car, comme le dit Kleist dans le roman, "La prison est un lieu abstrait, propice à la réflexion et à l'imagination". Un des intérêts de ce livre est qu'il repose uniquement sur des discussions entre le "vieux nègre" et Kleist. Les deux personnages s'expriment pour nous faire réfléchir. On se demande pourquoi nous passons notre temps à souffrir et cela nous fait penser à notre existence, à la sagesse, au bien et au mal et à un tas d'autres choses.

Yann Clément, 1°S2 [Haut de page]


C’est dans le Jura, au Fort de Joux, que fut enfermé Heinrich Von Kleist, un poète, pris pour espion par les forces de Napoléon. Incarcéré au Fort de Joux, il occupe une cellule peu ordinaire, celle du célèbre Toussaint Louverture, héros de la lutte pour l’indépendance d’Haïti. Toussaint Louverture était mort de froid dans cette cellule quelques années auparavant. Fabienne Pasquet, auteur d’origine Haïtienne réussit à travers se roman à ressusciter une « légende ». Kleist, enfermé, découvre au bout de quelques jours un personnage mystérieux, et semble reconnaître Toussaint Louverture.

Dans ce magnifique roman, Fabienne Pasquet semble se servir de Kleist, simple poète pour faire parler Toussaint Louverture. Fabienne Pasquet préfère Kleist à un personnage célèbre, certainement pour laisser voir que Toussaint Louverture est bien le personnage n°1. Ainsi Toussaint Louverture nous conte une partie de son histoire par l’intermédiaire de Kleist. Une question se pose : Toussaint Louverture revit-il pour mieux mourir ?

Tout au long du roman, les idées de Toussaint Louverture se contredisent avec celles de Kleist et vice-versa. Avec comme inquiétude centrale, les différentes façons de mourir : mort naturelle ou suicide.

Toussaint Louverture n’a pas pu accéder au monde des ancêtres ; les nombreux dialogues avec le poète lui permettront certainement de faire la paix avec lui-même. Avec une auteur d’origine Haïtienne, cette fable engendre une ironie très bien construite, dans laquelle l’auteur fait part de ses connaissances vaudou grâce aux nombreux sortilèges fabriqués par Toussaint Louverture. Fabienne Pasquet veut-elle montrer à quel point la personnalité de Kleist est tourmentée ?

Ce livre, basé sur de nombreux faits historique mais reste néanmoins une fiction ; un récit intéressant et attachant,  parlant de l’esclavage dans les colonies et des tortures imposées aux esclaves.

EID Jules 1S2 [Haut de page]


Lors de son premier roman, l’Ombre de Baudelaire, l’auteur haïtienne avait déjà montré un certain intérêt à développer les différentes relations entre le blanc et l’homme de couleur. Dans ce deuxième roman, elle expose d’emblée ses idées sur l’esclavage et donc sur la liberté, à travers les différents vécus de deux protagonistes  : Heinrich von Kleist, poète allemand et Toussaint-Louverture, révolutionnaire noir antillais. « L’esclavage c’est la violence à sens unique » ; « La liberté naturelle était le droit que la nature avait donné à tout homme de disposer de soi à volonté » écrit-elle.

Dans une même cellule du fort de Joux dans le Jura, Kleist sera enfermé, soupçonné d’espionnage par les troupes de Bonaparte ; accablé de plusieurs maux, il est défini comme fragile, gémissant, peureux ; grâce ou à cause de cet esprit affaibli, il verra apparaître et vivre avec lui durant un mois, le fantôme de Toussaint-Louverture, mort quatre ans auparavant, revenu pour trouver enfin une mort honorable. Durant plusieurs conversations qu’ils auront, les deux hommes de nature très différente apprendront ce qu’ils sont réellement à travers les yeux de l’autre et découvriront les symboliques toutes aussi différentes que peut prendre un même fait, dans leur deux « tribus ».

Dans ce roman, Kleist, frustré et aveuglé par un mélange d’admiration et de rage pour Toussaint-Louverture, apprendra à comprendre que celui-ci est avant tout un être humain avant d’être un héros ; son rôle sera de l’aider à mourir une seconde fois avec un esprit et un corps libéré. Quant à Toussaint-Louverture, son image reste celui d’un sage, qui affaiblit par la maladie reste conscient jusqu’au bout de ses faiblesses.

Ces deux hommes, porte-parole de leurs civilisations s’opposeront dans ce récit à tous niveaux ; leurs idées différentes animeront cette histoire pour qu’en ressorte une grande morale de la vie : le vieil homme contre le jeune, la sagesse contre la révolte, la philosophie contre l’action, le sorcier contre le poète défendront divers thèmes comme la mort, la liberté, l’esclavage, la peur....

Par son style, Fabienne Pasquet fait de son livre un roman à portée philosophique. Le jeu des deux réalités est intéressant d’où une espèce de perplexité continue : « Mais comment trouver la voie d’une pensée lucide quand la réalité même était incertaine ? » Ici tout est double, cette dualité est présente continuellement  : 2 personnages, 2 civilisations , 2 réalités, 2 manières d’aborder la mort, une deuxième mort pour Toussaint-Louverture, etc... « Ironie du sort auraient dit les blancs ; sortilège ironique, auraient dit les noirs. » La curiosité du lecteur est sans cesse éveillée par ces débats existentiels faits de questions et de réponses possibles qui servent aussi dans la vie d’aujourd’hui et non pas seulement dans ce roman. C’est un ouvrage complet, riche du point de vue historique et attrayant en ce qui concerne l’histoire. Néanmoins, les nombreuses mises en abyme pourraient à la rigueur perturber quelques lecteurs dans le déroulement du récit. Mais plus personnellement les temps de silence, assez nombreux, demandés par Toussaint-Louverture à Kleist, laissent perplexes, n’ayant pas toujours une réponse à cet acte. Cependant, quelques imperfections peuvent bien exister et subsister pour un livre montrant aussi bien que tout est combat avec soi-même.

Hélène Froget [Haut de page]


C’est un étrange voyage dans le labyrinthe temporel qui nous est proposé par Fabienne Pasquet, dans La deuxième mort de Toussaint-Louverture, paru chez Actes Sud. La romancière semble se complaire à faire ressurgir des personnages, dont les mémoires ont partiellement occulté l’histoire, comme Jeanne Duval, maîtresse de Baudelaire et héroïne de son premier roman dans l’ombre de Baudelaire.

À travers son dernier livre, elle fait renaître ses acquis de dramaturge, afin de mettre en scène deux hommes qui s’illustrent par la complexité de leur état psychologique : Heinrich Von Kleist et Toussaint-Louverture. Puisant dans ses racines haïtiennes, Fabienne Pasquet narre la rencontre surréaliste du poète et du héros révolutionnaire, rappelé quatre années après sa mort par l’éloquence quasi démente du jeune Kleist.

Emprisonné sous Bonaparte au Fort de Joux pour espionnage, le Prussien, voue une grande admiration à la vie de Toussaint-Louverture, dont il demande la cellule. De cet improbable retour de Toussaint, naissent de profondes discussions entre les deux hommes, tour à tour emportés, violents, désespérés… Kleist, représente l’intellectuel, hanté par ses rêves, rongé par ses relations complexes avec les femmes, mais surtout assiégé par la mort, qui pour lui va de paire avec le suicide, sorte de romantique et attirante abyme. À l’opposé, Toussaint, vieillard, est torturé par les innombrables atrocités perpétrées par l’homme blanc. De l’esclavage jusqu’à cette fameuse guerre de la conquête de l’indépendance de son peuple, dans laquelle, il a oublié l’homme au profit du héros, ennemi du « plus monstrueux des dictateurs, le pire des vautours qu’ait connu le monde moderne », Bonaparte qui l’a finalement réduit au statut de prisonnier.

De sa bouche ne sortent que de sages paroles, nourries par les fruits de l’expérience, du combat, et Fabienne Pasquet réussit à traiter de sujets universels, tels l’esclavage, qui induit la cruauté humaine, la violence, la haine, la mort…et ce, brillamment, grâce à ses deux personnages qui s’opposent, car si l’un possède une vision plus poétique de la vie, Toussaint, lui garde un amer constat de l’humanité. Le plus intéressant dans ce livre, réside cependant dans le fait que le lecteur assiste à une complète évolution psychique des deux hommes, et d’ailleurs, l’idée que Kleist a pour destinée, dans le cadre du livre de faire prendre conscience à Toussaint qu’il est avant tout un homme doué de sentiments, de façon presque totalement inconsciente n’en rend que plus originale et complexe la situation. L’auteur, en faisant preuve d’un poignant réalisme parvient à dresser avec justesse, un portrait de Kleist, tout en nuances et en paradoxes, lorsqu’on sait que le poète se suicidera avec l’amour de sa vie en 1811… Réalisme encore, lorsqu’elle décrit l’esclavage, période barbare à cause de l’homme blanc, qui se dit par ailleurs « civilisé », et propose une vision effroyable de tous les sévices endurés par le peuple haïtien, ce peuple, allant même jusqu’à acheter sa reconnaissance diplomatique par la France, en acceptant le versement d’une indemnité colossale pendant un siècle. « Détail » passé sous silence, au pays des droits de l’Homme… Un livre donc, qui oblige à s’interroger sur ce sombre passé, bien que l’ouvrage comporte tout de même des passages quelque peu longs, comme ceux de la vie quotidienne dans la cellule, et certains détails relativement « crus », peu utiles au propos du livre.

L’auteur aurait peut-être dû s’attarder encore plus sur ses magnifiques descriptions de l’île de St Domingue, car l’émotion avec laquelle Toussaint décrit ses sensations, les paysages, trahit son attachement à cette terre, pour le plus grand bonheur du lecteur. Toussaint-Louverture est donc « revenu » afin de « provoquer la mort […] mais pour célébrer la vie, la vie dans la dignité » ; Fabienne Pasquet, quant à elle, à l’image de son héros, offre un fascinant et vibrant livre, célébration de la dignité retrouvée, dans la liberté de tout un peuple.

Claire Gauthier (1ère S2) Mardi 19 novembre 2002 [Haut de page]


Le roman se déroule au début du vingtième siècle, dans le Jura, où l’on retrouve le poète prussien Heinrich von Kleist, exalté, qui veut libérer la Prusse de Napoléon. Au fort de Joux, il est incarcéré dans la cellule où, quatre ans auparavant, est mort Toussaint Louverture. Or, le fantôme de l’ancien libérateur de Saint-Domingue hante la geôle. Un dialogue moral s’engage. Fabienne Pasquet, d’origine haïtienne, qui a déjà publié L’Ombre de Baudelaire (1996) oppose Kleist arrogant, sûr de ses valeurs et de son droit, à Toussaint, pétri d’humanité et proche de la nature, symbole de l’anticolonialisme et du respect mutuel des races. Se développe alors, entre le spectre et le poète, une étrange amitié nourrie de controverses. L’âme errante du nègre est revenue « pour reprendre les derniers pas » qui le conduisent à la mort. La complicité entre les deux hommes qui s’était liée avait néanmoins quelques failles, sans doute due à l’opposition de deux époques, de mœurs et de civilisations différentes. Cet ouvrage, à la fois divertissant et enrichissant, a su retracer de manière romancée la conquête des Noirs contre l’esclavage ainsi que la cruauté des Blancs envers eux par les récits de Toussaint que celui-ci évoque tout au long de l’ouvrage. Cette jeune romancière a su nous captiver par ce sujet de l’esclavage mais aussi par le style de son écriture élégante. Ainsi elle ne doit pas envier les « grands » de la littérature. Elle devrait continuer à nous faire passer, par ses écrits, son sujet d’inspiration qui lui vient de ses racines.

Julie Gauthier [Haut de page]


H. von Kleist, enfermé pour espionnage au château de Joux, se retrouve confronté entre l’imagination et la réalité. Coincé dans la même cellule que celle occupée par Toussaint-Louverture quatre ans plus tôt, le poète se lance dans une sorte de salut à sa mémoire évoquant ses actes héroïques et révolutionnaires. Par le biais de l’imagination du prussien, Toussaint apparaît dans la cellule. Les deux prisonniers philosophent sur le suicide, le courage. Le grand révolutionnaire parle des colons, de Bonaparte et de l’esclavage. Un grand débat se crée tout au long du livre, sur ce dernier thème. Le noir explique que la raison de son retour est qu’il n’a pas pu accéder au monde de ses ancêtres, il est donc revenu pour réussir sa mort.

Kleist joue le rôle du contestataire aux propos du noir, il est le réaliste de l’histoire. Il est poète, d’origine prussienne, troublé par la mort de sa mère et par ses échecs amoureux, il est le défendeur de la théorie du suicide.

Toussaint-Louverture, lui, est un noir haïtien, grand moteur de la libération de l’île de Saint-Domingue, il apparaît comme un sage manipulant et concoctant des potions aux herbes et aux plantes médicinales pour atténuer ses rhumatismes et autres maux dus à sa vieillesse. Il est là pour réussir sa mort et apprendre à Kleist la cruauté des hommes civilisés et la discrimination de son peuple.

Certains passages de réflexion entre les deux personnages s’adressent à un public peut-être âgé. Mais comme, en lisant, on a tendance à se mettre à la place du poète à chaque fois qu’il s’évanouit, on a envie de savoir ce qui va se passer quand il se réveillera. La lecture est toujours attachante, quel que soit les détours qu’elle impose.

Emmanuel Giboudeau, 1 S2[Haut de page]


La deuxième mort de Toussaint-Louverture met en scène Heinrich Von Kleist, un prussien inculpé d’espionnage, enfermé au fort de Joux dans le Jura dans une cellule où, quatre ans plus tôt, fût emprisonné le grand libérateur de l’île de Haïti : Toussaint-Louverture. Les débuts de l’enfermement sont rudes pour Kleist qui souffre d’une certaine dégradation mentale : il divague son esprit dans son passé et dans une commémoration élogieuse de cet « Hercule africain ». Il est très vite en compagnie de ce héros prétextant sa réapparition dans le but d’accomplir une mort digne. Fruit de son imagination ou réalité stupéfiante ? Seul Kleist peut voir le vieil homme noir, et des dialogues parfois contestés, opposés, paradoxales sur les thèmes de l’esclavage, de la mort, de la violence des hommes, de leur liberté… vont s’établir entre les deux protagonistes, l’un en quête d’une réponse à cette apparition, l’autre en quête d’une compréhension de soi et de son esprit aboutissant à la dignité de son corps et de son âme.

Dans ce livre Toussaint-Louverture est présenté comme une grande source de témoignages, qui évoquent à de nombreuses reprises son passé, ses décisions et son comportement. Il justifie et argumente la cruauté de l’homme, toutes ses formes de tortures, plus atroce les unes que les autres. L’auteur se sert du personnage de Toussaint et de son vécu pour nous sensibiliser sur les souffrances passées du peuple noir. L’esclavage est souvent un sujet de débats dans la cellule et encore une fois, le personnage de Toussaint est là pour témoigner.

Les deux protagonistes se complètent et servent à créer une grande opposition sur les joies de la vie et ses intérêts, la volonté de vivre ou de mourir et l’équilibre qu’il se crée entre les deux. Ainsi s’établie dans le roman, à plusieurs reprises, des discussions mettant en opposition un poète fuyant la vie et embellissant « l’art de se sacrifier », et un vieil homme revenu à la « vie » pour accomplir une plus grande connaissance de lui-même et ne comprenant en aucun cas les désirs du jeune homme.

L’auteur nous plonge dans une sombre cellule, qui est l’unique lieu d’action du roman. Pourtant grâce à son art de l’écriture, Fabienne Pasquet renvoie à des méditations dont Kleist et Toussaint sont les auteurs. Les anecdotes passées du vieil homme sont percutantes sur la dureté et la violence de l’être humain. « L’homme est un être cruel » et toutes les formes de punition employées que nous explique le noir nous certifient cette phrase. Cette époque étant très caractéristique à cette cruauté car « l’esclavage est la violence à sens unique », ce livre nous rappelle ce que l’homme a pu infliger et jusqu’où il est capable d’aller. Employant des actes sadiques injustifiés car « la haine elle-même n’est pas une raison suffisante pour tuer », et en éprouvant même un certain plaisir, « ne résistant pas à la jouissance que lui procurait le spectacle du supplice de son saint préféré ». On en retire également que ce comportement est universel car « les plus cruels ne sont pas les moins éduqués ».

À travers l’irréalité d’une juxtaposition de deux temps différents, s’opposent deux personnages différents et deux visions distinctes de la vie et de la mort. Au fil de la lecture la personnalité de Kleist se dévoile, il fuit les femmes et fuit la vie. Il désire précipiter la mort qui « dédommage de la pauvreté de l’existence », et affirme que « le plus grand bonheur qu’on pouvait imaginer sur terre se trouvait au ciel ». Il veut provoquer le suicide le qualifiant de « la plus voluptueuse de toutes les morts » prétextant « la pauvreté de l’existence » et argumentant qu’il « n’avait pas demandé à venir au monde ». A la suite de chaque affirmation, l’autre personnage clé, dévoile à son tour sa personnalité, et l’intérêt du roman se trouve en ses paroles. Juste par le fait de sa présence et de sa deuxième vie Toussaint-Louverture symbolise le désir de vivre. Il ne provoque pas la mort mais l’attend même s’il souffre à ses derniers instants. « Aime, fais toi aimer »,  « jouie de la vie », toutes ces paroles simples mais profondes de sens donnent à soi-même une réflexion soutenue en repensant que « la vie n’est qu’un sursis », et que « c’est aussi ce qui la rend précieuse ». Au final, ces écrits rappellent la préciosité, la richesse, et la joie de la vie qui doivent être préservées pour un bonheur, une larme ou un rire prochain.

Sans se laisser prendre à la fatuité, le poète nous expose avec quelques phrases parsemées dans le roman, un sentiment de supériorité à son égard envers les gens ne participant pas au monde de l’écriture. En utilisant la fonction du prussien et ses pensées, l’auteur nous divulgue une supériorité de raisonnement, d’analyse, de compréhension d’un écrivain « dont la fonction même est de rivaliser avec les dieux ». Un homme de lettre serait donc au-dessus des autres et devrait se considérer comme tel, « n’ayant rien de commun avec le reste des mortels ». A travers ces mots, l’amertume ressentie par le lecteur est un bémol à cette œuvre captivante qui nous laisse dans une cellule humide mais nous transporte dans une source de réflexions pointues et cohérentes.

Guyon-Gellin Michaël, dimanche 17 novembre 2002 [Haut de page]


La Deuxième Mort de Toussaint-Louverture raconte l’emprisonnement de Kleist au fort de Joux, dans la cellule où avait séjourné Toussaint-Louverture et décédé quatre ans auparavant. Son fantôme revient mais seul Kleist peut le voir, l’entendre… Il lui explique qu’il est revenu pour réussir sa mort, et les deux hommes parlent de l’esclavage et disputent leur point de vue sur deux types de mort opposés : le suicide et la souffrance.

Deux personnages se trouvent au centre de cette œuvre. Le premier, Kleist, un poète allemand emprisonné pour cause d’espionnage, aide Toussaint-Louverture à réussir sa mort, et le second, Toussaint-Louverture, un homme politique haïtien qui était contre l’esclavage et pour l’indépendance de Saint Domingue, empêche Kleist de se suicider, il essaie de le faire changer d’idée sur sa façon de mourir.

Le livre entretient une dualité dès le titre avec l’évocation de la deuxième mort puis les deux personnages qui représentent chacun une civilisation différente, une époque différente et qui ont chacun une façon de penser de penser à la mort : le suicide pour Kleist, pour lui « Souffrir est inutile » et la souffrance pour Toussaint-Louverture. L’auteur insiste sur ce double jeu à la page 114 « Blanc et Noir, les deux polarités cosmiques. La lumière et les ténèbres. La vie et la mort. » Le roman laisse un doute se répandre par les différents passages du rêve à la réalité et vice-versa. Difficile à cerner au début, Toussaint-Louverture qui reste un personnage de fiction dans le roman aborde un sujet réel : l’esclavage, duquel il donne une très simple définition : « L’esclavage, c’est la violence à sens unique. »

Au fil du temps, une relation s’établit entre les deux hommes qui ne l’avaient pas forcément souhaitée au début, et qui doivent apprendre à vivre ensemble et se respecter « Nous sommes deux dans cette cellule, et la liberté se partage. 

Céline Martins [Haut de page]


Heinrich Von Kleist, inculpé d’espionnage, est emprisonné au fort de Joux dans le Jura dans l’ancienne cellule de Toussaint-Louverture, héros de la lutte pour l’indépendance d’Haïti. Kleist, fier d’être enfermé dans la geôle de ce héros, montre sa grande admiration pour le héros noir. Cette admiration est si forte que le revenant vient refaire sa mort.

Kleist tient quand même une place importante dans l’histoire. C’est grâce à son admiration, sa passion et son engouement que Toussaint-Louverture a pu réapparaître et retourner dans son ancienne cellule pour recommencer sa mort. Toussaint-Louverture aide Kleist à guérir son genou avec ses pansements mais il est avant tout un intermédiaire de l’auteur pour montrer les cruautés de l’esclavage. « La voix du vieux égrenait les recettes des colons pour « accommoder » les Nègres couverts de mélasse et ligotés sur une fourmilière qui n’en restituerait que le squelette blanchi. »

Moïse, le rat qui tient compagnie à Toussaint-Louverture, est un personnage à part entière. Grâce à lui Toussaint-Louverture peut se racheter de son erreur envers son neveu, du même nom que le rat, qu’il a tué pour avoir prédit la traîtrise de Napoléon. « J’ai aimé un homme qui portait son nom. Il avait perdu un œil à la bataille et fut plus clairvoyant que moi. Je n’ai pas voulu le croire, et j’aurai dû. »

Le livre met en commun deux personnages : d’un côté Kleist, le poète prussien qui pense qu’une mort digne illustre le suicide et d’un autre côté Toussaint-Louverture, révolutionnaire venant d’Haïti, qui revient pour refaire sa mort au but de trouver enfin le repos éternelle en quittant ses «  peaux inutiles ». On peut voir qu’il y a deux personnages principaux. Il y a donc une grande symbolique du nombre deux tout au long du livre (La deuxième mort de Toussaint-Louverture, deux personnages principaux ) qu’utilise Fabienne PASQUET. Il y a plusieurs idées qui s’opposent au fil de la lecture d’abord entre la vie et la mort : Kleist représentant la vie car il ne meurt pas à la fin et Toussaint-Louverture représentant la mort. Il y a aussi une autre opposition qui se forme entre les Blancs et les Noirs. Cela donne un récit troublant et vaguement mystique : « L’araignée est la maîtresse du destin. »

Prachittham Édouard [Haut de page]


Après sa première œuvre, L’Ombre de Baudelaire, Fabienne PASQUET met en scène, à l’intérieur d’une petite cellule du fort de Joux situé dans le Jura, La Deuxième mort de Toussaint-Louverture. Keist, dichter prussien emprisonné dans la cellule ayant appartenu 4 ans auparavant à Toussaint-Louverture, inspiré par les lieux, salue ce révolutionnaire qui défia Napoléon et fait revenir pour une seconde mort le « libérateur » noir. Après quelques problèmes sur le fait d’accepter la réalité de son imagination, Kleist parvient à échanger ses idées, bien que souvent contradictoires avec celles du revenant.

Une opposition s’exprime déjà dans le comportement des deux personnages principaux. En effet Keist apparaît comme fragile physiquement et moralement, mais inspiré d’une fougue romantique ; Toussaint, quant à lui combat sa maladie, sa vieillesse et ses blessures et détient son savoir sur le vécu et un savoir faire manuel indéniable. Même si Kleist, fait revivre Toussaint et lui permet par le biais de son opinion, qu’il exprime très largement, de lui donner la chance de réussir sa deuxième mort, on peut interpréter sa présence seulement pour donner la « réplique » au revenant.

Le récit, perturbant mais captivant, joue sur deux époques, deux réalités (l’une de l’imagination et l’autre de la vie réelle), ainsi que tout le roman qui est double.

Cette duplication se perçoit dès le titre La Deuxième mort de Toussaint-Louverture, puis très rapidement par le fait de choses simples : un blanc, un noir (un européen, un africain), transportés dans deux époques différentes, avec chacune leurs gardes, mais également deux animaux (le rat et l’araignée), et une double mort finale (celle de Toussaint et le meurtre du rat par Kleist).

Une dualité symétrique entre le début et la fin, où Kleist commence et finit avec l’araignée, perdu dans ses pensées.

Le récit exprime ses deux faces dans l’enchaînement de doubles idées philosophiques qui interpellent l’esprit et où chaque opinion a son orateur : Kleist expose ses principes sur le suicide, digne mort pour un héros, alors que Toussaint qui connaît le prix de l’existence, veut plutôt une mort douce. De même, ils discutent longuement sur leur compagnon de cellule, Moïse, qui devient pour le noir un ami et confident et pour l’allemand une crainte, une peur de plus.

Mais leur opinion ne diffère pas totalement sur des sujets comme l’esclavage qui, aujourd’hui, a obligatoirement dans une logique saine d’esprit, les mêmes bases qui coïncident dans l’égalité entre les Hommes. C’est ainsi que tout le récit va vers une fin un peu brute, trop classique : un coup de tonnerre et Toussaint disparaît avec ses « secrets »). Les questions sont à doubles réponses, seulement (comment mourir, mort douce ou suicide ?, profiter de la vie sans se poser de questions ou penser à sa mort ?, comment combattre l’esclavage ?, comment exprimer son amour ?…). Chacun trouve sa réponse personnelle en mélangeant plus ou moins les idées et principes des deux argumentateurs au service de la plume de Fabienne PASQUET.

Julien 1°S2 Rolet[Haut de page]


Toussaint-Louverture met en scène un Kleist accusé d’espionnage et enfermé au Fort de Joux dans la cellule qui fut jadis celle du célèbre esclave révolutionnaire Toussaint-Louverture. Dans un moment d’euphorie, Kleist salue la mémoire, le courage du « Napoléon noir » qui a libéré son peuple. Puis il se retrouve une nuit plus tard en présence de Toussaint, revenu dans le but de réussir sa mort. Ils deviennent donc par la force des choses colocataires, non sans mal mais Kleist profite de la nourriture, des bougies du héros de l’indépendance, et ce dernier du papier et des plumes du poète prussien. Néanmoins quelques désaccords subsistent entre nos deux personnages. D’ailleurs nous observons que tout est en double : deux personnages, deux civilisations (occidentale et africaine), deux morts (pour Toussaint) mais deux manières de l’aborder (le suicide et la mort naturelle), deux couleurs, deux époques, deux personnalités distinctes. Ces deux façons de penser propres à chacun d’entre eux nous amènent à un certain équilibre : ils se complètent, Toussaint est un vieil homme taquin (au bain, page 120). Il n’en est pas moins sage : dans ce roman il est à la recherche de la paix et de la sérénité.

Quant à Kleist le jeune poète prussien il éprouve des difficultés à analyser objectivement les événements qui l’entourent : un fantôme s’invite dans sa cellule, il s’attendait à avoir un véritable personnage et son attitude le déçoit parfois. Kleist est une personne qui a de la peine à persévérer et qui est très indécise. Nous le remarquons en voyant les écarts de comportements dont il fait preuve envers Toussaint : il hésite entre la colère, l’admiration ou la compassion face à un homme souffrant. Le récit retranscrit des souvenirs des personnages, et comment les esclaves étaient traités par leur propriétaire, page 93 : « La voix du vieux égrenait les recettes des colons pour accommoder les nègres. » Toussaint aidait son peuple à s’affranchir. Il dit les erreurs qu’il a commises, et Kleist a laissé son amour s’enfuir, et la détresse qu’ils ont tout deux ressentie face à la mort d’un être aimé (Toussaint a perdu son neveu Moise et Kleist sa mère).

Le style un peu classique de l’auteur n’en est pas pour autant ennuyeux : l’exposition des sentiments des personnages, de l’ambiance et de la vétusté de l’emprisonnement étaient réussis : le rationnement du bois, des bougies, le froid… On réussirait presque à sentir les courants d’air de la cellule ! Cependant nous aurions apprécié un peu plus de souplesse dans le récit et pourquoi pas un peu plus de protagonistes féminins.

Géraldine Sallé, 1èreS2, Lycée Victor Considérant, Salins les bains, 2002 [Haut de page]


Fabienne Pasquet ressuscite Toussaint-Louverture dans un roman où Heinrich von Kleist, un poète prussien, soupçonné d’espionnage, est enfermé au Fort de Joux, dans le Jura français. Il se retrouve dans la geôle que Toussaint-Louverture, héros de l’indépendance d’Haïti, occupait quatre ans auparavant. Après quelque temps, le fantôme de Toussaint-Louverture apparaît, mais seul Kleist peut le voir. Il est revenu pour retrouver sa dignité et sa sérénité. Entre les deux colocataires règne une complicité, mais aussi quelques disputes.

Kleist est à l’écoute du « nègre », il l’aidera à faire la paix avec lui-même. Quant à Toussaint, il essayera de dissuader Kleist du suicide.

Ce roman marque une dualité qui se traduit par deux personnages, Kleist et Toussaint-Louverture, deux époques « j’étais bien là avant toi. » ; « 1807…Quatre ans, moins cinq semaines, presque jour pour jour », deux civilisations, occidentale et africaine, ce qui donne un récit passable.

Adeline Tonnin [Haut de page]

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