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es calotins le vouaient au diable. Il ne
portait pas de calotte. Ses volées de bois vert, à
droite comme à gauche, ont épaissi les illères.
Cétait un sain sans la croix finale pour cet
adjectif. Marcel Aymé : un collabo pour qui na lu que
ses contes ! Michel Lécureur, léditeur de ses
uvres romanesques dans la Pléiade, a rassemblé
les pièces du dossier. Articles, préfaces, propos
rapportés, tout fait mouche. Mais il faut lire. Les détracteurs
préfèrent le vent. Cest le combustible des baudruches.
Ces écrits politiques devraient les clouer au sol.
La décadence, en France, commence en 1870. La lecture que
fait Marcel Aymé de lAffaire Dreyfus nest pas
celle dun aboyeur. Lintellectuel aveuglé par
son clairon alors rembouché en 14, note-t-il, lhonneur
a ses tranchées le révulse. A-t-il été
lami de Céline pour autre chose ? Oui, il admirait
son style. Cest rare dans la confrérie. Pour ce qui
concerne Dreyfus, les régimes traditionnels, à la
différence de la Troisième République, garantissaient
les Juifs contre la démagogie. Le raisonnement complet renverse
limage dÉpinal, cest bien le moins quon
attende sous sa plume.
Car enfin, il condamne le racisme nazi dès le 3 mai 1933.
Cest lannée où Hitler accède au
poste de chancelier. Aymé signe alors dans un journal de
droite : on trouvera mieux comme béni oui oui ! Il pourfend
le colonialisme en 1935. Henri Jeanson atteste un article au vitriol
contre létoile jaune en 1942, censuré. Il fut
partisan dune Algérie algérienne. Les suspicions
font ainsi long feu, devant les textes. Mais pourquoi la réhabilitation
piétine-t-elle ?
La première raison, cest le chauvinisme idéologique,
celui qui fait hurler avec les loups, sous la conduite dun
berger bon teint. Marcel Aymé est rétif à tous
les partisans. Il les crible dironie. Les uns ont « des
renvois dhistoire sainte », les autres « une
carte dalimentation spirituelle », cest encore
beaucoup. La justice : une assemblée de peaux de lapin !
Il écrit en 1957 que « finalement est élu
le candidat qui a su exhiber les filles ayant le plus joli sourire
et le cul le mieux tourné ». On ne peut mieux
signifier au plus grand nombre ses limites.
La deuxième raison tient à la capacité pour
tous de saisir un sens satisfaisant. Lironie suppose lérection
des neurones ; celle-ci a ses ratés. Parler de « conscience
borgne » ne titille pas tous les cyclopes. Méditer
la bonne plaisanterie de « Caligula, empereur de très
mauvaise réputation, qui conféra la qualité
de consul à son cheval favori », cest franchir
le Rubicon.
Pourtant, inféodé à sa seule conscience, Marcel
Aymé est dans le vrai. « La liberté de
lécrivain finit là où commencent à
saffirmer certaines susceptibilités politiques. »
Michel Lécureur résume parfaitement, au terme de deux
pages de préface : Marcel Aymé, cest « Diogène
qui, une chandelle allumée en plein jour, cherchait des hommes
dignes de ce nom ». Qui admettrait que, mort, il ne trouvât
décidément personne ?
Pierre
Perrin, [Pays comtois n° 52, janvier-février
2004]
Lire Marcel Aymé
collaborateur ? par Michel Lécureur
[in Lettres
comtoises n° 8]
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